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SÉBASTIEN VAISSIÈRE

Kill Boeing

Ce matin d'octobre 2025 à Toulouse, une phrase en gros caractères barre la manchette du journal régional. « 12 257 A320 livrés contre 12 255 Boeing 737. » Pour la première fois, le 737 n'est plus l'avion le plus vendu au monde. Le Kill Airbus que les salariés de Boeing affichaient au bureau dans les années 1990 vient de se retourner contre eux. Revanche servie froide avec l'A321neo, nouveau roi des moyen-courriers.

S.V.

De dos, un technicien juché sur un escabeau observe le nez ouvert d'un Airbus A320 démonté, dans un hangar de Toulouse-Blagnac.
Rémi Benoit

À Toulouse, on mesure ce jour-là le chemin parcouru. Depuis les pionniers et Latécoère, la ville concentre un vivier rare de compétences aéronautiques. La Caravelle, premier moyen-courrier français à réaction (1959), avait déjà démontré la capacité de Sud-Aviation à concevoir et produire des avions modernes, mais c'est Concorde qui a constitué le véritable accélérateur technologique. Le programme supersonique franco-britannique a laissé un héritage technique fondamental : les prémices des commandes de vol électriques, l'architecture des systèmes embarqués et l'ergonomie du poste de pilotage.

Mais le vrai coup de poker se joue le 2 mars 1984. Ce jour-là, malgré les réticences allemandes, Airbus lance l'A320. Bernard Ziegler, ingénieur et pilote d'essai, a convaincu Roger Béteille, directeur général d'Airbus Industrie et l'un des pères fondateurs du consortium européen : cet avion sera le premier au monde entièrement piloté par ordinateur. Fini le manche central, place aux minimanches latéraux.

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