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SÉBASTIEN VAISSIÈRE

Alexandre FalguièreDrôle de drame

Sculptée en 1899 par le Toulousain Alexandre Falguière pour le grand escalier de l'Opéra-Comique de Paris, une statue disparue depuis 1919 vient d'y reprendre sa place. Soupçonnée de germanophilie, égarée à Angers, retrouvée à Berlin, elle a été restaurée en 2025 d'après un plâtre conservé au musée des Augustins. Récit d'une disparition, d'une traque et d'un improbable retour.

S.V.

Plâtre du Drame lyrique d'Alexandre Falguière, conservé au musée des Augustins : buste et bras de la violoniste, criblés des points de repère qui ont guidé la restauration du marbre.

Le 11 mars dernier en fin d'après-midi, le vestibule de l'Opéra-Comique, l'une des plus anciennes institutions théâtrales et musicales de France, débordait d'huiles et d'officiels. On célébrait le retour du Drame lyrique, ce marbre de Falguière taillé à la fin du 19e siècle pour orner le grand escalier. Disparue depuis 1919, l'œuvre retrouvait enfin sa place au terme d'un long feuilleton qu'il convient de reprendre depuis le début.

1843, rue Valade à Toulouse. Un voisin frappe à la porte du maçon Falguière. Il est responsable des beaux-arts à la mairie, et a remarqué le coup de crayon peu commun du fils de la maison, âgé de douze ans. Il vient conseiller au père de l'envoyer à l'école de dessin. Cette initiative change le cours de son existence. Alexandre sera Prix de Rome, professeur respecté, académicien, et deviendra en trente ans l'un des sculpteurs les plus célébrés de son temps.

Le garçon, né le 7 septembre 1831 dans cette même rue Valade, intègre donc l'école des beaux-arts. Après dix ans d'apprentissage, une victoire au Grand Prix municipal de sculpture lui ouvre une bourse d'études et les portes des Beaux-Arts de Paris. Une fois sur place, il se révèle un étudiant fantasque, préférant la fumée des salles de billard à la poussière des ateliers. Menacé de perdre sa bourse, Falguière doit d'urgence donner des gages de son assiduité. On le somme d'envoyer à Toulouse une épreuve justifiant sa bourse. La légende, que son arrière-petit-fils Laurent Falguière cite comme telle, veut qu'il ait acheté une Vénus de Milo à un marchand des quais de Seine, l'ait recouverte de plâtre, et l'ait expédiée comme s'il s'agissait de son propre travail. La commission, paraît-il, n'y vit que du feu. Admis dans l'atelier du sculpteur François Jouffroy, Falguière décroche en 1859 le prestigieux Prix de Rome et prend le chemin de la Villa Médicis. Son retour à Paris est couronné de succès. Les commandes se multiplient, et les médailles du Salon et de la Légion d'honneur viennent garnir le revers de sa redingote. En 1882, il succède à son maître aux Beaux-Arts, intègre l'Institut et se retrouve à la tête de cinq ateliers réunissant quatre cents élèves. Ses disciples garderont le souvenir d'un homme simple, doué d'une voix de baryton qu'il exerçait en sculptant, et doté d'un accent toulousain rutilant que trente ans de vie parisienne n'useront pas d'un iota.

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